jeudi 16 octobre 2014

100 miles en paroles


Voici le récit de la Grande Traversée de David


Tout d’abord c’était un rêve de franchir la barre des 100 kms mais en montagne bien sur, cette première édition des 100 miles tombait idéalement dans le calendrier et également au niveau géographique. Il m’a fallu attendre le trail des crêtes avant de me décider à franchir ce cap qui me semblait jusque- là insurmontable. Après avoir validé mon inscription, je me suis rapidement tourné vers Michel pour profiter de son expérience et de ses nombreux conseils. Tout d’abord la préparation, j’ai continué à enchainer les randonnées en montagne afin de travailler l’endurance et la musculature puis à partir du mois d’Aout je suis passé à des sorties longues en course à pied souvent accompagné par Michel et ses conseils.
Ma plus grosse inquiétude était principalement la gestion de la course et l’alimentation, la aussi j’ai écouté et mis en pratique tout ce que j’ai pu lire et entendre. J’ai préparé ma course physiquement bien sur mais aussi psychologiquement en tronçonnant le parcours en 3 étapes (toujours les conseils de Michel), calquées sur les bases de vie sans aucun objectif de temps, seulement voir la ligne d’arrivée sans trop de casse et profiter pleinement de ce moment.


Etape 1 : Vernet les bains => Arles sur Tech
Le début de course me convient parfaitement puisque nous entamons directement la montée vers le refuge des Cortalets sur le massif du Canigou, 9kms et 1500m D+. Je suis dans mon élément et tellement heureux enfin de partir, je gère la montée en fin de peloton sans puiser dans les réserves. Le paysage est magnifique et le temps très clair.


Passé le refuge nous entamons une longue descente sur Arles en passant par plusieurs autres refuges. Je suis assez surpris du parcours qui est bien plus technique que prévu, les sentiers sont très étroits et rocailleux, les passages ou nous pouvons nous relâcher sont assez rares, la concentration doit être permanente. Nous passons par des paysages sublimes et par endroits nous pouvons même apercevoir la Méditerranée, mais elle semble tellement loin que je repense souvent au conseil de mon ami Nahu : un pas après l’autre jusqu’a la mer et ça va passer. J’arrive enfin à Arles sur Tech, Patricia m’attend à l’entrée de la ville et nous faisons 2 kilomètres ensemble ce qui me fait beaucoup de bien. Je suis assez frais mais les jambes ont beaucoup plus travaillé que ce que j’avais prévu du à la technicité dû parcours. Arrivé à la base de vie, je suis totalement pris en charge par « l’assistance MCP », Patricia, Agnès et Pablo sont aux petits soins, le temps que je me change et mon sac est refait sans même que je m’en rende compte.



Etape 2 : Arles sur Tech => Le Perthus
Je sais maintenant que les choses sérieuses vont commencer car je vais arriver sur un kilométrage encore jamais réalisé. Je démarre d’Arles en pleine forme (un peu trop) car j’ai passé environ 30mn avec les filles, nous avons rigolé et j’en oublie un des nombreux conseils de Michel, il faut gérer les moments d’euphorie sous peine de le payer cher par la suite. Dés le départ de la base de vie nous attaquons un kilomètre vertical je pars avec le sourire et trop rapidement, je double 2 groupes sans trop m’en rendre compte et à peine passé le moitié de la montée tout s’écroule et  je peste de ne pas avoir écouté, tous les coureurs passés me doublent avec quelques mots d’encouragements. Je suis pratiquement à l’arrêt, les jambes ne veulent plus monter. Je passe le sommet et subi toute la descente avant d’attaquer la difficile montée vers le puits à glace. La je rentre dans un monde inconnu c'est-à-dire au-delà des 50 kilomètres et je ne suis pas à la moitié, un ravitaillement au sommet et je descends vers Las Illas ou je sais que je vais revoir Patricia Agnès Pablo ainsi que Claude et Fabienne venus pour nous soutenir.


 J’arrive de nuit et toute l’équipe est venue me retrouver sur le sentier descendant au village, je suis au bout et je m’en veux d’avoir brulé tant d’énergie dans cette montée.
Je me ravitaille pendant que tout le monde s’occupe de moi et j’en profite comme à chaque fois pour prendre des nouvelles de Michel, je repars accompagné sur 3 kilomètres par Claude et Fabienne et suivi en voiture par Patricia, cela me réconforte et me redonne des forces. Je les quitte en leur donnant rendez vous à la base de vie du Perthus, il reste 16 kilomètres et un col qui seront interminables de nuit et sur une portion terriblement ennuyante, je suis épuisé et le moral est au plus bas.
J’arrive à la base de vie sans forces  et avec beaucoup de douleurs mais nous sommes tous dans le même état, il faut tous les encouragements de Claude et Fabienne et la force de Patricia pour me permettre de repartir, il est minuit et  il me reste environ 10h de course pour rejoindre l’arrivée.


Etape 3 : Le Perthus => Argeles sur mer
Cette 3eme étape je l’attendais avec impatience car j’étais impatient d’en découdre avec la course de nuit en montagne, l’entame après le Perthus est sérieuse avec une montée longue et sèche, je passe la première partie de nuit seul avec un sentiment de liberté qui me fais presque oublier la fatigue. Je suis dans un élément qui ne m’est pas inconnu, j’aime être seul en montagne.



Les choses se compliquent dans la montée de l’Ouillat, le brouillard arrive très rapidement et il est même difficile de voir le sol avec la frontale, le balisage est trop juste et à chaque pas il y a un risque de s’égarer. Arrivé dans un bois je rejoins une concurrente des 100 miles terrifiée et perdue qui me supplie presque de l’emmener avec moi, nous avançons doucement tous les 2 avant d’être rejoint par un Andorran. Nous arrivons sans encombres au refuge et la nous apprenons que la course est modifiée pour des raisons de sécurité, nous ne faisons pas le sommet et la crête mais nous devons rejoindre le col sur une piste par groupe de 3 ou 4 au minimum. Une 4eme concurrente se joint à nous et nous partons pour une longue galère, difficile de suivre la piste tant le brouillard est épais et pas de balisage car cet itinéraire n’était pas prévu, le vent se fait violent et la pluie vient augmenter la difficulté. Le groupe de 4 est solidaire et nous gérons tous ensemble les temps forts et faibles de chacun, nous arrivons au bout de 3h30 environ sur un campement avec des signaleurs qui nous montrent la direction à prendre pour entamer la descente annoncée terrible sur Lavall.
S’en est trop pour nos 2 collègues féminines, frigorifiées et épuisées elles décident de rester au campement pour prendre du repos, je repars avec le concurrent Andorran. J’erre sur ce qui me semble être un plateau mais difficile de se faire une idée tant les conditions sont délicates, le balisage n’est pas assez important et je peine pour trouver le chemin, nous trouvons un concurrent arrêté et perdu qui se joint à nous et tant bien que mal je réussis à emmener mes compagnons sur le sentier de la descente sur Lavall.


Cette portion est terrible, 4 kilomètres de descente dans les roches par endroits équipés de corde, vu les conditions et la fatigue (officiellement au 95eme km mais à 105 sur les GPS) cette partie est très dangereuse et je laisse filer mais 2 compagnons car je n’ai plus de force dans les jambes, chaque pas est un calvaire et surtout je ne veux pas me blesser car maintenant j’en suis sur … j’irai au bout.
Je mets plus de 2h30 pour effectuer la descente et j’arrive au dernier ravitaillement sans gros bobos, maintenant il reste une difficulté puis ce sont les 5 derniers kilomètres vers l’arrivée.
Le jour est levé et il fait beau, je fais un petit « check up » et finalement tout ne va pas si mal. Je suis fatigué bien sur mais je sens qu’il me reste des forces, il faut profiter du final alors je gère bien la dernière montée et j’arrive à doubler 2 concurrents.


J’attaque la descente et je me rappelle que Claude et Fabienne ont promis de venir à ma rencontre, il me tarde de les trouver. Ils me récupèrent avant Valmy et nous finissons tous les 3, ils m’encouragent sur la dernière heure, je ne peux pas trop parler mais je profite de leur présence.



A l’entrée d’Argelès nous retrouvons Patricia et ensuite c’est le final sur le port, lorsque je vois enfin l’arche tout au bout de la ligne droite avec Michel Agnès et Pablo, j’ai du mal à dissimuler mon émotion, tout le monde est là  c’est un moment unique et je suis fier d’être arrivé.

J’ai vécu cette épreuve non pas comme une compétition mais plutôt comme une aventure humaine car les échanges avec certains concurrents ont été enrichissants.


6 commentaires:

  1. Waooou! Ça donne des frissons! Merci David pour ce récit, on s'y croirait, avec la fatigue en moins!
    Un immense coup de chapeau!
    Te voilà cent-bornard et avec quel dénivelé!
    Je très admiratif.
    JF

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  2. J imagine bien l'émotion à l'arrivée. En le lisant j'ai les larmes aux yeux
    C était trop beau . Tu recommences quand?
    CATHY

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  3. C'est splendide, c'est prenant, on a l'impression de rentrer dans un film dans lequel on devient acteur. La magnificence du récit est sublimée par la justesse des mots, les gars, je vous sent bien partis pour écrire les mémoires du club. Quant-a moi, épuisé...par cette lecture, je m'affale dans mon fauteuil, et contemple les photos.Michel, David, MCP, compte désormais des Dieux des Cimes ROGER

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  4. super recit et super content pour toi tuest un mamouth

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  5. Géniallllllllllllllllllllllllllllllllllllllll un point c'est tout

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  6. "Les Dieux des cîmes", on ne pouvait trouver mieux pour vous rendre hommage...
    David, tu nous fait partager ce moment tel un enfant qui découvre le monde et fait ses premiers pas....c'est vraiment très émouvant. et généreux ...
    Je suis émue par ces belles leçons de courage, de persévérance, mais aussi, celle qui est inscrite entre les lignes : une belle histoire d'Amour.
    Bravo et merci à vous
    Mijo

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